Contenu
Son frère
| Pays | France |
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| Sortie France | 10 septembre 2003 | |
| Durée | 1 h 35 | |
| Titre original | Son frère | |
| Réalisateur | Patrice CHÉREAU |
La note de ThD |
| Avec | Bruno TODESCHINI (Thomas) |
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| Eric CARAVACA (Luc) | ||
| Catherine FERRAN (Le médecin-chef) | ||
| Maurice GARREL (Le vieil homme) |
Ce soir donc, grande avant-première à l’UGC Ciné Cité Les Halles : "Son frère", le sublime dernier film de Patrice Chéreau, adaptation du non moins sublime roman de Philippe Besson. Mais avant tout, sachez que cette chronique a bien failli ne jamais voir le jour, ni aucune autre à sa suite. Et Trique d’Or aurait été super malheureuse (merci Delphine !). Ce soir, mon enthousiasme à vous dire quoi voir et quoi lire a bien failli m’être fatal. Ce soir, j’ai vécu mon premier attentat...
UGC Ciné Cité Les Halles, donc. 20h15. Salle 4. Les pubs sont terminées, toujours aussi nulles (sauf celle de Nike). La salle s’obscurcit, le jingle UGC passe, le film va commencer. C’est à ce moment que le drame s’est joué. D’un coup, trois hommes se lèvent (à coup sûr, un groupuscule gauchiste d’obédience maoïste ; il m’a même semblé discerner un grand aux cheveux blancs bouclés criant "Chirac salaud, l’Ile de Ré aura ta peau", mais j’ai pas encore osé en parler à la police, je suis pas tout à fait sûr, j’avais trop lu le Figaro avant d’entrer dans la salle), trois hommes donc se lèvent, se dirigent vers la sortie de secours, aspergent toute la salle d’une bombe aérosol bizarre et crient "Non, on ne peut pas laisser passer ça" !!! Léger vent de panique. Tous ceux du premier rang fuient, la salle se vide à moitié, les gens parlent de bombe lacrymogène. Je garde mon flegme (ça fait bien et super viril), et puis merde, c’est pas trois connards révolutionnaires qui vont m’empêcher de voir mon Chéreau ! Les bonshommes UGC viennent, les terroristes ont filé depuis longtemps. Nous n’avons eu le fin mot de l’histoire qu’à la sortie. C’était en fait des boules puantes pour effrayer, des connards qui luttent contre le dernier film de Chéreau. Pas de gaz sarrin (je me demande combien seraient venus à mes obsèques...). Mais au cas où, si vous allez voir "Son frère" à compter de mercredi, n’oubliez pas vos masques à gaz...
Le film donc. Sublime. Mais un avertissement, soyez bien accrochés si vous allez le voir, très accrochés. L’histoire est celle du deuxième roman de Philippe Besson. Luc a 30 ans. Il est instituteur à Paris. Il vit avec Vincent une histoire sans passion. Un soir de février, il reçoit un coup de fil de son frère aîné, Thomas, avec lequel il n’a plus de contact. Thomas est malade. Thomas perd toutes ses plaquettes et ses jours sont comptés. Irrémédiablement. Thomas demande à Luc de l’accompagner dans ses derniers jours.
Suit donc un film sublime. Un jeu d’acteurs époustouflant. Surtout bien sûr Bruno Todeschini (Thomas, qui joue ici son troisième film avec Chéreau) et Eric Caravaca (Luc). On ne déplorera pas bien sûr le passage de Pascaaaaal Greggory (ouf, ils ont dû rester bons amis avec Chéreau). Des acteurs superbement dirigés par un Chéreau grandiose, qui filme le corps comme peu auraient pu le faire. Le corps malade, déchiré, fouillé, ouvert, ensanglanté, épuisé, à bout de force. Et la souffrance. Physique et psychique. Le spectateur lui-même en sortira difficilement entier, mais quel spectacle ! Ajoutez à cela la voix envoûtante de Marianne Faithfull sur la musique d’Angelo Badalamenti (le compositeur de David Lynch) et vous comprendrez qu’il faut prendre sur soi et aller voir "Son frère". C’est très dur mais sublime. Chéreau décidément, Chéreau forcément. Ouaf, je suis soufflé.
Et surtout n’hésitez pas. Lisez aussi "Son frère". Et par la même occasion, je ne le redirai jamais assez "Un garçon d’Italie" et les deux autres romans de Philippe Besson, "En l’absence des hommes" et "L’arrière-saison". Il est à mon sens des auteurs qu’on n’a pas le droit de laisser passer !

