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Ainsi va le jeune loup au sang
| Auteur | Christophe DONNER | La note de ThD | |
| 07/10 | |||
| Pays | France | ||
| Première parution | 2003 | |
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| Éditeur | Grasset | ||
| Lu | Novembre 2003 |
"Ainsi va le jeune loup au sang", c’est ce qu’aurait dit l’avocat de Donner pour le défendre lors du procès qui a suivi la parution de son premier livre. Tout un programme. Plein de promesses. Et pourtant, cette fois, nous ne sommes plus dans de l’auto-biographie. L’auteur puise certes dans des expériences diverses, mais son seizième roman pour adultes (vraiment pour adultes...) fait davantage dans la fiction que ses oeuvres de jeunesse.
Le narrateur est Samuel, un jeune garçon de quatorze ans en cette fin d’années 60 (c’est quand même bizarre, Donner avait lui aussi 14 ans en 1970...). Son père est mort. Il vit seul avec sa mère, institutrice, dans une vieille maison de famille croulante rue d’Odessa. Une rue d’Odessa prise dans la tourmente de Montparnasse en cette période de ténèbres pré-chiraquiennes. La vieille gare a explosé, un énorme trou a été creusé, et la France pompidolienne s’apprête à construire la plus haute tour d’Europe. Le message est clair. Il faut restructurer Montparnasse, abattre les vieilles maisons croulantes, exproprier, rebâtir, inventer un nouveau quartier (on n’a donc rien inventé aux Halles !).
Sa mère refusera bien sûr les propositions de la mairie. Samuel commencera par aller pisser et se branler dans les bétonnières, scellant ainsi son destin à jamais avec les entrailles de la tour, avant de commencer la lutte. A quatorze ans, il est prêt à faire la révolution pour n’importe quelle raison. Sa raison sera la tour. Elle lui fera rencontrer de jeunes révoltés. Tous les hommes qu’il ramènera à la maison finiront malheureusement dans le lit de maman. Jusqu’au jour où maman ira se reposer à Sainte-Anne. Samuel trouvera alors refuge à Saint-Maur, chez M. Sanchez et sa femme, qui le recueilleront avant, puis après son séjour en prison. Jusqu’à former un étrange ménage à trois...
Noire, la vie est noire chez Donner. Et comme dans "Les maisons" (comme dans les autres de ses romans ?), seule l’écriture apportera l’apaisement. Samuel se mettra à écrire, après avoir suivi Hervé (portrait à peine voilé d’Hervé Guibert) dans les caves glauques d’un sauna-sex-shop de la rue Saint-Denis. Quant à Donner lui-même, il refait son apparition en héros des dernières pages. Il nous raconte ses entretiens avec son éditeur, leurs "rencontres" respectives avec Céline, jusqu’à son projet d’un nouveau roman autour de la tour Montparnasse. Il a abandonné Samuel en cours de route. Mais Samuel a trouvé l’écriture ; il peut désormais avancer tout seul, il n’a plus besoin de Donner, plus besoin du lecteur. Il peut vivre.
