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Le bouddha de banlieue


Auteur Hanif KUREISHI La note de ThD
07/10
Pays Grande-Bretagne
Titre original The Buddha of Suburbia
Traduction Michel Courtois-Fourcy
Première parution 1990
Parution France 1991
Éditeur Christian Bourgois .. 10/18
Lu Juillet 2003

« Le bouddha de banlieue » est le premier roman d’Hanif Kureishi. Le ton est très différent de « Intimité », les personnages aussi.

Karim a 18 ans. Il vit dans la banlieux sud de Londres, avec son père, sa mère et son frère. On est dans l’Angleterre des années 70, l’Angleterre en crise du gouvernement Callaghan, avant l’ère thatchérienne. Karim est d’origine indienne, et évolue dans un univers d’immigrés, entre hindouisme et petites épiceries de quartier.

Le bouddha de banlieue, c’est Pa, le père de Karim qui se lance dans des séances de spiritisme pour les bobos de l’époque. Pa, qui se plaît tellement en compagnie d’Eva, une pseudo-branchée qui, comme Madame Verdurin avec le peintre Elstir (voir « La recherche du Temps perdu »), tentera d’en faire la coqueluche de la société montante. Ca tombe bien : Karim adore Charlie, le fils d’Eva, son meilleur copain à l’école, son modèle. Charlie connaît plein de choses, Charlie est bien habillé, Charlie est gentil, Charlie est doux. Un jour, Pa franchit la limite ; il abandonne femme et enfants, et part vivre à Londres avec Eva. Karim part avec lui, et va découvrir une nouvelle société, de nouveaux rapports, les punks, la musique gothique, le théâtre.

« Le bouddha de banlieue » est un très beau roman. On voit évoluer tous ces mondes au travers du regard faussement naïf de Karim. Il aborde sans complaisance ni pitié bien-pensante la situation des immigrés indiens dans la société anglaise, le racisme latent, les rapports de castes. Ensuite, ce sera au tour de la société intellectuelle de Londres d’y passer, au travers des théâtreux. C’est souvent très drôle, et en même temps attendrissant. Les personnages se mêlent les uns aux autres. Dos Poilu, Bouboule, Jamilla (qui devra se marier avec un inconnu choisi aux Indes), Mam (la mère de Karim, petite femme totalement effacée qui devra reprendre sa vie à zéro), une vedette de rock, le « tueur au godemiché », Eleanor, Oncle Anwar et Princesse Jeeta.

Kureishi aime ses personnages, avec leurs qualités et leurs défauts. Chacun au fond de soi cache cependant une souffrance plus ou moins profonde. Malgré le ton enjoué et détaché de Karim, le narrateur, on sent qu’aucun n’est vraiment heureux. Chacun cherchera son salut dans une voie différente : le fric, la philosophie, l’adultère, l’entreprise, la vie en communauté... La langue de Kureishi est très agréable à lire, très fluide, très drôle. Sans le vouloir, les personnages sont vraiment émouvants. Un très beau roman.