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Les Bienveillantes
| Auteur | Jonathan LITTELL | La note de ThD | |
| 08/10 | |||
| Pays | France | ||
| Première parution | 2006 | ||
| Éditeur | Gallimard | ||
| Lu | Octobre 2006 |
LA surprise de la rentrée littéraire 2006. Un gros pavé de 900 pages, écrit en français par un inconnu américain dont c’est le premier roman. 12.000 exemplaires imprimés par Gallimard. Des médias qui s’emparent du livre et qui en parlent, qui en parlent, qui en parlent. 200.000 exemplaires aujourd’hui, les pronostics des meilleurs prix, des traductions à venir... Et au final ?
Je le reconnais tout de suite, j’ai d’abord été assez déçu. Après tous les éloges lus et entendus sur les Bienveillantes, je m’attendais à grimper aux rideaux dès les premières pages. Et la déception a été manifeste. Un roman bien écrit, mais dans lequel je n’arrivais pas à entrer. Je lisais, point barre. Je devais un peu me forcer pour ne pas abandonner.
Et puis, au bout de 200 ou 300 pages, j’y étais enfin. J’étais à fond dans les souvenirs de l’Obersturmbannführer Maximilien Aue. Le narrateur (fictif), franco-germanique, aujourd’hui directeur d’une usine de dentelle, marié, se souvient de ses années de guerre. Fonctionnaire SS, sinon zélé, du moins rigoureux, cadre prometteur du staff du Reichsführer Himmler, il était chargé de surveiller notamment le bon déroulement des opérations d’élimination progressive de certaines populations du Reich, au premier rang desquelles, bien sûr, les Juifs. Mais aussi les tsiganes, les opposants politiques, les malades mentaux, les homosexuels...
Les Bienveillantes sont donc le récit détaillé de ces inspections au travers de l’Europe. Le récit peut choquer par ce qui y est décrit, mais depuis 50 ans, nous savons ce qui s’est passé. Il devient donc beaucoup plus intéressant (à mon sens) pour la description de la bureaucratie et du système nazi raconté de l’intérieur, les enjeux de pouvoir, l’escalade progressive, jusqu’à la débâcle. Au travers de son narrateur, Littell nous fait vivre Stalingrad, Berlin bombardée, l’évacuation d’Auschwitz, la déroute finale... On se laisse prendre par son récit dépassionné de fonctionnaire qui ne se pose pas de questions, qui exécute les ordres, et qui se retrouve peu à peu pris lui-même dans un tourbillon de violence incontrôlée.
Bref, les Bienveillantes vaut qu’on fasse quelque effort pendant le premier tiers du livre. On découvre alors peu à peu un vrai roman, de ceux qui vous accrochent, dans lesquels on plonge complètement, qu’on regrette déjà une fois la dernière page tournée. J’espère que beaucoup de ceux qui auront acheté le livre auront le courage de le lire !
