Contenu
Elephant
| Pays | États-Unis |
|
| Sortie France | 22 octobre 2003 | |
| Durée | 1 h 21 | |
| Titre original | Elephant | |
| Réalisateur | Gus VAN SANT |
La note de ThD |
| Avec | Alex FROST (Alex) |
|
| John ROBINSON (John McFarland) | ||
| Elias McCONNELL (Elias) | ||
| Eric DEULEN (Eric) |
Depuis un moment, on ne lit que le plus grand bien de "Elephant", le dernier film de Gus Van Sant, Palme d’Or en mai dernier. Le petit bonhomme de Telerama fait dans sa culotte, les Inrocks parlent de "chef-d’oeuvre". Du coup, on se méfie un peu, mais on y va quand même. Et à son tour on est ébloui.
Le scénario, tout le monde le connaît. Deux adolescents font faire un carnage dans leur lycée, armés comme des GIs en Irak. Une libre adaptation de la tragédie de Columbine. Mais là où Michael Moore défendait une thèse et l’exploitait à fond pour se donner bonne conscience, Gus Van Sant ne se permet pas d’expliquer. Les psys et les journaleux sont là pour ça. Gus Van Sant, lui, s’intéresse à ces jeunes. Aux meurtriers comme aux victimes.
Si les scènes chocs de la tuerie marquent le spectateur pour longtemps (on a beau tout savoir dès avant le début du film, chaque tir provoque un sursaut d’horreur), la description de cette journée ordinaire est peut-être plus impressionnant encore. Ces jeunes sont superbes. Mais ils sont perdus et désespérés. Ils ne l’expriment pas, mais ils sont tous border-line. Et le réalisateur n’a pas son pareil pour retracer ce malaise. Il les suit dans ces immenses couloirs vides du lycée, baignés de lumière ou de néons. La caméra s’envole, le mouvement est très léger, mais l’atmosphère d’une lourdeur absolue. On sent que ces jeunes n’ont et n’auront jamais aucun espoir. Tout leur serait pourtant permis. Mais non, leur vie est noire, vide de sens. Les premières scènes, John obligé de prendre les clés de voiture de son père sont à ce titre magnifiques. Pendant une heure, pratiquement aucun mot b’est échangé. Mais tout est là. L’effet est prodigieux. Gus Van Sant aime ses ados. Mais il n’a pas besoin de les foutre à poils et de les faire baiser comme dans "Ken Park". Ils irradient l’image. La chute n’en est sans doute que plus terrible encore. A voir, absolument.